6 mois à Darwin

On trouve enfin une maison que l'on partage avec des amis taïwanais, coréens, japonais et français. C'est beaucoup trop cher et le proprio est chiant, mais on est en plein centre-ville et ça fait du bien d'être installé au même endroit après un an de bougeotte. On a maintenant un semblant de vie normale, vélo boulot dodo en Australie.
Tous les matins à l'aube, juste avant le boulot, je m'installe dans un parc pour émerger du sommeil et siroter un café bien glacé parce que malgré l'heure, il fait déjà plus de trente degrés. Les derniers fêtards titubent à la sortie des clubs vers leur hôtel, les immenses chauves-souris s'envolent des manguiers pour laisser place aux perroquets et aux cacatoès à tête rose pendant que sur la pelouse, étendus et semi comateux, un groupe d'aborigènes semblent avoir succombé au grog (alcool).
Je prends le monte-charge jusqu'au dernier étage de la tour où je travaille et finis mon café en observant le soleil qui s'installe dans le ciel, colorant la baie de Darwin de magnifiques teintes orangées. J'accueille mes collègues de travail grecs dans leur langue pour leur faire plaisir. Kalimera yani, kalimera costa, et comme tous les matins depuis bientôt six mois, je n'ai droit, en guise de réponse, qu'à un genre de grognement primitif que j'interprète par, salut Jean-Michel, comment vas-tu my mate!, question de ne pas perdre le sourire. Ils sont toujours aussi sympathiques.
Le patron arrive, crie encore une fois après tout le monde en grec, moi y compris, et m'explique le boulot pour les dix prochaines heures en moins de deux minutes avec son accent pas possible auquel je ne pige toujours rien. Mais maintenant, je ne stresse plus et le laisse partir pour la pêche sans poser de question parce qu'une fois qu'on a déjà construit un étage, finalement c'est toujours le même travail d'un niveau à l'autre. Par contre, c'est de plus en plus haut et ça commence à être un peu trop haut à mon goût!


Le travail en tant que tel est agréable, je travaille fort physiquement au soleil et le boss n'est jamais là, mais maudit que les journées sont longues sans parler! J'essaie d'avoir des conversations, mais............ rien! Je propose de leur enseigner l'anglais, mais mis à part apprendre à compter et le nom des outils, ça ne les intéresse pas. Why? Ten thousand greek in Darwin!
On me transfère sur un autre chantier pour aider à la fabrication des escaliers. Parfait, j'apprends de nouvelles techniques et je peux enfin avoir une vraie expérience de travail dans un milieu anglophone. J'assiste Troy, un petit gros au chapeau de cowboy et à la moustache de champion, 100 % Australien et fier de l'être, tellement, qu'il a le drapeau tatoué en plein milieu du dos!
Huit heures, il nous manque quelques outils, on prend le camion pour aller les chercher sur un autre site. En chemin, on fait un arrêt au service à l'auto du bottle shop! Le commis, qui semble reconnaître un habitué, nous décapsule deux bières pour la route. On fait quelques détours en ville le temps de finir nos bouteilles, puis on s'arrête de nouveau dans une autre commande à l'auto. Deux autres VB, mate! Au retour, le même manège recommence, j'essaie de refuser une troisième et quatrième bière, mais Troy, qui a maintenant une tronçonneuse à portée de main, insiste fortement!
Neuf heures c'est la pause, smoko comme on dit ici. Je prends un café dans un coin avec un autre employé à l'haleine d'alcool du tonnerre, il semble franchement amoché. On discute un peu, il m'offre un coke puis, se relève avec peine et me quitte d'un pas chancelant pour remonter au sommet de la grue qu'il contrôle!!!!!!! Je le regarde gravir l'interminable échelle avec la forte impression qu'il n'y arrivera pas, j'ouvre la canette qu'il m'a donnée et en prend une grosse gorgée, Poooooouah!!!! Jim beam bourbon cola! Heureusement, je suis rapidement retransféré avec mes charmants amis grecs, sinon je finissais complètement alcoolique!
En creusant pour la construction d'un nouveau bâtiment on aperçoit toujours de gros lézards et, à chaque fois, tout le monde se fout de ma gueule quand je me sauve à toute vitesse des reptiles et des serpents pourtant complètement inoffensifs. Les insectes me dérangent moins, j'en ai vu d'autres! En essayant de remettre en marche un moteur qui s'est arrêté, je sens une brûlure atroce sur l'avant-bras. Je remarque une petite plaie et le moteur ne semble pas si chaud, alors je me remets au travail. Mais la blessure devient purulente et la douleur empire de jour en jour. Après une semaine, le tout tourne au noir et enfle à un rythme alarmant. Elaine me force à aller voir le médecin. Le verdict : piqure d'araignée! Après deux jours de traitements aux antibiotiques, rien ne s'améliore et j'ai l'impression que quelque chose gruge tranquillement mon bras. La douleur est intolérable. On change de traitement, j'ai maintenant droit à une injection sur les fesses tous les matins et finalement, je finis par guérir rapidement. Au bout d'une semaine, tout est désenflé et le pus a disparu. Je n'ai plus qu'une cicatrice sur l'avant bras en guise de souvenir. Deux semaines plus tard, sur le même chantier, la même douleur, mais cette fois sur le tibia. Ça ne semble pas trop s'infecter, donc je ne m'inquiète pas, mais juste pour être certain, le médecin me pique encore une fois sur les foufounes. Le lendemain matin, tout mon tibia semble être un marécage de pus infect et ça fait mal en tab............... Direction l'urgence, on me donne aussitôt des calmants et on m'installe des intraveineuses. Le verdict : piqure d'araignée et streptocoque, une autre semaine de congé. De retour au travail, j'insiste pour travailler au sommet de la tour, le plus loin possible de ces maudites araignées!


Àprès 6 mois, on propose de me sponsoriser pour l'obtention d'un visa de travail de deux ans, premier pas pour la citoyenneté australienne...................... euh.... non-merci!!

Jean-Michel

Après avoir lavé la vaisselle quelques semaines et m'être occupée des buffets de mariage la fin de semaine, on m'offre le poste de "buffet runner". Je suis maintenant responsable de la propreté du buffet au restaurent le Sunset et prépare la nourriture entre le dîner et le souper dans mon habit de chef, avec ma belle toque sur la tête.


Je travaille fort, comme une petite abeille. J'ai parfois l'impression d'être une machine et je n'ai jamais travaillé aussi fort de ma vie.
Mon équipe de travail est merveilleuse et provient des quatre coins de la planète. Je rencontre des gens formidables avec qui je me lie d'amitié pour la vie.
Je reçois énormément de compliments de mes patrons, ce qui me valorise beaucoup et me prouve que je suis capable de travailler aussi bien dans un autre pays, dans une autre langue et dans un domaine complètement différent de celui auquel je suis habituée.
Je passe par-dessus le stress et les craintes. Grâce à ma persévérance, on peut maintenant repartir en voyage!
Àprès 6 mois, on propose de me sponsoriser pour un visa de travail de deux ans, premier pas pour la citoyenneté australienne...................... on sait jamais, ça pourrait être bien!!



Elaine

Nos 6 mois de travail terminés, les poches à nouveau remplies, on part sur les routes de l'Australie avec un grand sourire pour l'un, et le coeur gros de quitter tous ses nouveaux amis pour l'autre.



australie_how'd you like me to kick you in the nuts

Première journée

Rasée par des bombardements durant la Deuxième Guerre mondiale puis par le cyclone Tracy en 1974, Darwin s'en est remis et vit actuellement un boom économique sans précédent grâce au commerce avec l'Asie. Il semble y avoir un édifice en construction à chaque coin de rue et la main-d'oeuvre qualifiée manque gravement. J'enfile mes bottes toutes neuves, prends mon sac à clous cheap et mes outils Fisher Price, direction les chantiers.

En chemin, je croise une agence qui affiche en gros sur une pancarte : 35 $ on vous trouve un emploi garanti et sans commission. Pourquoi pas! J'ouvre la porte, donne mon cv à la réceptionniste qui y jette un rapide coup d'oeil, fait un appel et me dis : Demain 6 heures devant les deux grosses tours. Quinze minutes pour se trouver un emploi c'est certainement un temps record.

Se lever à 5 heures du matin pour le boulot après une année de paresse, c'est pas facile, mais pas du tout, je suis complètement zombie. Le boss arrive une demi-heure plus tard, pas de bonjour, pas de sourire, même pas une petite poignée de main de bienvenue.

G'day, j'ai vu sur ton cv que t’as déjà fait ça du coffrage, j't’écris les mesures sur le mur, les outils sont là, si t'as besoin d'aide pour lever quelque chose demande aux deux blokes qui sont sur l'autre étage, j'reviens à 4 heures mate! Je n’ai même pas
eu le temps de placer un mot qu'il est déjà parti.

Je suis dans la merde! J'en ai fait du coffrage, oui, mais il y a 7 ans et ce n’était pas du tout les mêmes techniques. C'est le temps de me faire des amis, parce que je n'ai pas la moindre idée par où commencer. Je vais aller me présenter et demander quelques explications à mes nouveaux collègues.


Salut, j'm’appelle...................... Pas plus de sourires que le patron, ils se retournent sans dire un mot. D'accord, je ne suis pas le bienvenu, j'ai compris, c'est assez clair!

Heureusement, la tour voisine, en construction elle aussi, est identique et je vois comment faire le travail. Il fait chaud, très chaud, 7 heures et demie et je peux déjà tordre mon t-shirt. J'ai les mains pleines de pouces et je n'arrête pas de taper dessus avec mon marteau. Je me coupe avec mon exacto, me rentre une grosse écharde dans l'avant-bras et m'échappe un madrier sur le tibia, tout ça avant le lunch! Les électriciens qui travaillent près de moi apprennent une grande quantité de jurons bien québécois en peu de temps. C'est une mauvaise journée, c'est tout, je prends le temps de relaxer un peu et les choses s'améliorent, sauf que les matériaux sont toujours beaucoup trop lourds pour moi. Une année sabbatique à bien manger et bien boire, il n'y a rien de tel pour éliminer toute masse musculaire, je vais avoir besoin d'aide. Je fais signe aux deux airs de "beu" de venir m'aider à soulever une poutre, encore une fois, j'ai droit au même traitement, ils se retournent et continuent à travailler.

Ca y est, ce n'est que la première journée et je pète déjà les plombs, j'explose et commence à les insulter............. aucune réaction! Les électriciens sont morts de rire, ce qui me fâche encore plus, j'ai l'impression qu'on se fout vraiment de ma gueule!!

Calme-toi, mate! les deux gars avec qui tu travailles parlent pas anglais, c'est des Grecs, comme 95 % des gens qui travaillent ici. Va falloir apprendre le grec............ malaka! Je m’attendais à avoir quelques problèmes de communication, mais vraiment pas à ça.

Il est 4 heures, le contremaître est de retour. Il gueule après tout le monde en grec, moi y compris et observe mon travail de la journée. Il doit être satisfait parce qu'il me dit, toujours sans sourire : c'est six jours semaine, dix heures par jour, à prendre ou à laisser, puis t'es mieux de pas être en retard, j'aime pas les wankers!

J'accepte, on a vraiment besoin d'argent. J'ai mal à tous les muscles de mon corps, il est 8 heures et je m'endors, complètement épuisé. SIX MOIS, ÇA VA ÊTRE LONG.

Jean-Michel

Pendant que Jean-Michel travaille, moi, de mon côté, je vais porter des cv, fais des
appels et cherche sur internet, mais après trois semaines, toujours pas de boulot! Au moins, on a trouvé une chambre privée dans une auberge pas trop cher, fini les ados saouls. C'est toujours le bordel, mais il y a une ambiance super et l'on s'y fait plein d'amis, pour la plupart Taiwanais, Coréens et Japonais; on doit déjà s'ennuyer de l'Asie! Les journées sont longues à attendre que le téléphone sonne. De l'épicerie à la bibliothèque, en passant par la table à pique-nic de l'hôtel, je m'emmerde.

Le matin, je vais faire mon jogging au bord de l'eau avec Nathalie, la propriétaire du backpacker. La plage est superbe mais c'est dommage, il y a des bancs de méduses meurtrières (box jellyfish) et des crocos mangeurs d'hommes. Pas question de se faire cramer sur
le sable à 40 degrés à l'ombre sans pouvoir se rafraîchir un brin.




En après-midi je traîne avec mes nouveaux copains, une Taiwanaise et Jérome, un Toulousain, en attendant désespérément un appel. Le soir, quand tout le monde revient du travail, on fait de gros repas tous ensemble, il y a de la bouffe de partout dans le monde et on fait plein d'échanges culturels vraiment passionnants.

Après trois semaines et demie, je n'en peux plus, je suis prête à faire n'importe quoi comme emploi, mais toujours rien, il faut que je bouge, je vais m'inscrire pour faire
du bénévolat à la croix rouge! C'est certainement le karma, parce qu’à ce moment précis, le cellulaire sonne pour la première fois. C'est le casino de Darwin, je commence dans une heure.

J'avais passé une entrevue pour travailler dans la cuisine du restaurant du casino et on m'avait parlé d'aide-cuistot, de l'entretien du buffet, etc............. À mon arrivée, on m'apprend que je suis là pour laver la vaisselle dégueulasse, vadrouiller les planchers et faire briller les cuisines toutes grasses de 17 h à 2 h du matin. J'accepte, on a vraiment besoin d'argent.

Jimi et moi on ne se voit plus que le dimanche et à 2h30 du matin quand je le réveille. SIX MOIS, ÇA VA ÊTRE LONG.

Elaine

Les vacances sont officiellement terminées

Restos, hôtels, plage, surf et bronzette, une vraie vie de pacha quoi! On se verrait bien passer le reste de notre vie comme ça, sauf que notre compte en banque nous fait rapidement redescendre de notre nuage, il va falloir trouver du boulot et pronto!!!

Un arrêt à Singapour, le temps d'une visite au zoo et de descendre quelques singapore sling vraiment hors de prix, question d'oublier à quel point on est dans la merde financièrement et de s'y enfoncer encore plus. On a vraiment de bonnes priorités côté budget

singapore_sling


On s'envole pour Darwin, capitale des territoires du nord de l'Australie avec chacun un visa de travail, un grand total de 436 dollars en poche, des cartes de crédit sur le point d'atteindre leur limite et surtout aucun billet de retour. Les temps sont durs, il va falloir se serrer la ceinture.

On atterrit vers minuit, il fait chaud et humide et il y a des palmiers tout autour de l'aéroport. C'est bon, on est pas trop dépaysés, c'est toujours les tropiques et l'on s'y sent bien. En attendant le départ de la navette qui doit nous amener au centre-ville, on discute un peu avec le conducteur, à vrai dire on l'écoute parler d'un air niais parce que l'on ne pige pas un mot! Personne ne nous avait avertis que l'on ne parle pas anglais en Australie, mais bel et bien australien. L'Australien, et un dialecte qui se marmonne d'une voix nasillarde, une patate dans la bouche. Il faut prendre bien soin d'abréger la plupart des mots, employer des expressions bien locales qu'aucun étranger ne comprend, balancer quelque mots aborigènes par ci par là et surtout, employer abondamment les deux mots de base de cette langue étrange, cunt et mate. On se sent comme deux Anglos qui, ayant appris le français en France, débarqueraient en Gaspésie. Ça ne va pas être facile!

Comme c'est actuellement l'hiver dans le reste du pays et que la température peut atteindre un « frigorifique » 10 degrés, beaucoup d'Australiens et de touristes montent vers le nord pour se trouver du travail sous un climat plus « clément » de 35 degrés. Tous les hôtels sont pleins, on va avoir de la compétition.

Heureusement, on a déjà réservé dans le seul endroit que l'on puisse se permettre, deux lits en dortoir, dans une auberge de jeunesse pour une semaine, le temps de se dénicher un emploi et un logement. On a pris l'habitude des beaux hôtels pas chers d'Asie, en ouvrant la porte c'est un choc! Dans un coin, ce qui semble avoir déjà été un sandwich moisi dans une assiette en carton, des vêtements sales recouvrent toute la surface du sol, des guirlandes de petites culottes pendent d'un lit à l'autre et ça sent le petit canard à la patte cassée. Une vraie chambre d'ados, il va falloir trouver autre chose et vite si l'on veut s'en tenir à notre plan et travailler ici durant six mois.

Le lendemain à l'épicerie, on vire complètement fous, tout ce que l'on a rêvé de manger depuis un an se trouve devant nous. C'est trop beau, du fromage, des charcuteries, du bon vin, on en verse presque une larme. Venus le moment de payer, ça y est, on pleure pour de vrai. On dépense tout ce qui nous reste sur nos cartes de crédit pour acheter des outils et quelques « beaux » vêtements de travail à l'armée du salut. Les vacances sont officiellement terminées, on est complètement paumés et à la recherche d'emplois à l'autre bout du monde.


Singapore sling sans un sou

Singapour sans un sou ce n’est rien de très excitant, on vous en reparle en mars lors de notre prochaine visite.

On a quand même mis quelques photos dans la section photo et voici un moment qui nous a fait bien rire au zoo.





L'aventure se poursuit en Australie

Gili Gili et Bali


Une semaine complète à se faire dorloter au spa, manger comme des rois, prendre des cours d'artisanat, flâner entre les boutiques... se la couler douce encore une fois quoi! Mais il est temps de partir d'Ubud même si on adore l'endroit. Comme notre visa est valide seulement pour un mois, il ne faut pas manquer d'aller voir les plages qui font la renommée de l'Indonésie.

Pour atteindre notre prochaine destination, les iles Gili , la journée commence par deux longues heures d'attente à la pompe à essence parce qu'il y a rumeurs de pénurie de pétrole imminente sur l'île. Tous les habitants s'y rendent pour faire le plein, c'est le chaos total. Notre bus part avec trois heures de retard. Au port, où on doit prendre le ferry, c'est aussi un bordel monstre. Ça crie, les gens entassent des boîtes de fruits dans tous les coins, de gros sacs de riz et des cages farcies de poulets qui suffoquent et des marchandises de toutes sortes. Il fait chaud, on est entassés au maximum et bien sûr, tout le monde a une cigarette au bec. Bonjour le mal de mer. On réussit tout de même en jouant un peu du coude à se trouver deux places assises sur le rafiot qui ne nous inspire pas du tout confiance.

Le traversier qui devait nous amener sur Gili Meno ne fait le trajet que le lendemain matin. On doit donc passer la nuit à Senggigi. Hôtels de luxe, grands restaurants, clubs branchés... mais pas un touriste en vue. On nous offre les boissons gratuites, le service est exceptionnel et après le repas on nous demande, presque en suppliant, si nous allons revenir le lendemain. On nous explique que la ville est désertée par les vacanciers depuis la mise en service du speed boat qui relie directement les Îles en trois heures, ce qui évite de faire escale ici.

Le lendemain matin, à bord du traversier qui s'avère être une vielle chaloupe qui prend dangereusement l'eau de partout, on arrive enfin à destination, Gili Meno ou Honeymoon island, comme les guides de voyage la surnomment.


gili_meno_2

Sur l'île il n'y a rien. Seulement une route de terre battue qui relie les bungalows entre eux et les quelques restaurants qui servent les prises du jour que l'on savoure en tête à tête à la chandelle sur la plage une fois le soir venu! Notre hutte donne directement sur le sable blanc. Le matin, on vient nous servir le petit déjeuner que l'on déguste en écoutant le bruit des vagues depuis notre balcon. En après-midi, on fait bronzette ou on met nos masques pour aller découvrir le monde aquatique. Il y a des coraux multicolores de toutes sortes, on a l'impression de voler au-dessus d'une étrange forêt miniature quand soudainement, une tortue de mer de plus d'un mètre de diamètre vient se joindre à nous, nageant à quelques centimètres. Nous avons droit à une visite guidée de son monde, elle nous fait découvrir des poissons tous plus jolis les uns que les autres, nage un moment à nos côtés puis nous quitte silencieusement comme elle est arrivée. Un moment inoubliable! On croise trois immenses cuttle fish (sèche??) qui semblent nous regarder droit dans les yeux et on pourrait jurer, qu'avec l'une de leur tentacule, elles nous font un signe de peace en guise de bienvenue. On s'approche un peu et pouf, par magie, elles disparaissent, pour réapparaître un mètre plus loin, mais d'une tout autre couleur, puis encore, en un instant, elles passent du brun au jaune, puis au rouge, jusqu'à ce qu'on les perde de vue. Des poissons-perroquets, des poissons volants, des petits, des gros. Malheureusement, un peu plus tard, on tombe nez à nez avec des milliers de petites méduses qui forment un mur infranchissable et qui nous force à sortir hors de l'eau.

Après une semaine de lune de miel, on remonte dans la chaloupe toute pourrie pour Gili Trabawan qui, elle, est surnommée la Party island !! La plage est sale, il y a d'insupportables rabatteurs qui tentent de nous amener presque de force à leur hôtel. On nous offre des trucs à fumer ou des champignons toutes les deux minutes, il y règne une ambiance louche, et en plus tout est beaucoup plus cher. On a besoin d'argent, mais impossible d'encaisser des chèques, il n'y a pas de guichets et faire une avance sur la carte de crédit implique une commission de 18 %, ce qui est hors de question. On a juste assez d'argent pour deux billets sur le speed boat qui quitte pour Bali le lendemain et quelques margaritas bien glacées dans un des lounge branché sur la plage. Une fois que l'on a bu jusqu'à nos derniers sous, on rentre à l'hôtel pour se coucher. Bien installés dans le lit, le sommeil se fait sentir, nos paupières se font lourdes.......BANG!!! le matelas s'effondre en plein centre, on se retrouve par terre le lit en mille miettes. On rit un bon coup à l'idée d'aller expliquer à la réceptionniste qui ne parle pas beaucoup anglais qu'on a éclaté son lit. Je me rends seul à l'accueil parce qu'Elaine est trop gênée à l'idée de ce que les gens peuvent s'imaginer. Au comptoir un écriteau indique : ask for the manager at the bar. Au bar, une dizaine d'Indonésiens complètement saouls m'écoutent raconter notre petite mésaventure. J'ai droit à des applaudissements, des cris, ça y est j'ai une réputation de chaud lapin !!! Le tout devrait être réglé sous peu, on me dit de patienter un peu, un nouveau lit devrait arriver. Je n'ai qu'à retourner dans la chambre et finir ce que j'avais commencé! Ça cogne à la porte, j'ouvre, il y a deux jeunes au sourire moqueur avec quelques outils et des planches de bois, ils viennent pour le nouveau lit, ils vont nous en construire un nouveau!! En rentrant le bois dans la chambre, ils heurtent le ventilateur qui se décroche du plafond, arrache un des rideaux en tombant et se fracasse sur le sol. Mort de rire, on quitte la chambre, on passe devant le bar où on a droit à une ovation puis on va patienter sur la plage le temps que les travaux finissent.

Le bateau rapide pour Bali attaque les vagues à pleine vitesse, ça monte, ça descend, on ne touche plus nos sièges, notre teint passe du blanc au vert, tout tourne autour de nous et une fois arrivés à bon port, tous les deux dans une synchronisation presque parfaite, on est malade un bon coup.

Kuta beach, la plage la plus touristique d'Indonésie, est loin d'être la plus jolie. C'est surpeuplé et impossible d'y être tranquille un instant, les vendeurs et les chauffeurs de taxi sont très très tenaces. Ici, aucune trace de l'exotisme d'Ubud. Starbucks, Mc Do et compagnie sont rois. Pourquoi venir à Kuta, pour les vagues! Une fois dans l'eau, sur la planche de surf, on est enfin seuls et on s'éclatent!!!! Une semaine de surf et on est complètement accros. On n'a plus du tout envie de partir surtout que le travail en Australie arrive à grands pas. Mais avant tout, une dernière destination, Singapour.

indonesie_surf_bali_0205


un video sur les cuttle fish



L'aventure se poursuit à Singapour

Bromo, Ijen et Ubud

Levés tôt pour neuf heures de route cahoteuse dans une fourgonnette rouillée à la suspension complètement finie et à la clim défectueuse, pleins d'entrain à l'idée de visiter un volcan pour la première fois. Notre enthousiasme se transforme vite en frustration après deux heures passées à tourner en rond en ville pour trouver d'autres passagers. On atteint finalement, 12 heures plus tard, une petite ville au pied du mont Bromo, juste à temps pour se trouver une auberge, manger un peu et aller vite au lit pour être frais et dispos pour le lever de soleil. Seul petit problème, il y a une colonie d'araignées qui vit dans notre chambre, pas des toutes petites, mais des grosses velues bien dégueulasses et il n'y a pas d'autre hôtel dans le coin!

Levés très tôt, sans vraiment avoir dormi à cause des cauchemars arachnophobes, des cernes énormes sous les yeux, nous gravissons une montagne.......... en 4x4, pour espérer une vue sur le volcan à l'aube. Avec une centaine de touristes chinois, on regarde le soleil s'élever tranquillement dans le ciel et au moment de l'apogée, on prend tous notre photo carte postale parfaite et on se surprend même à applaudir comme eux. Tout simplement magnifique! Ensuite, on monte le volcan................ en empruntant les escaliers aménagés à cet effet pour observer le cratère de plus près. Touristique, très très touristique, mais se trouver au bord d'un volcan en activité et voir la fumée qui en sort a quelque chose de vraiment excitant! Ça nous donne l'impression d'être deux explorateurs téméraires. On redescend et c'est parti pour une autre journée complète dans la minivan crade pour se rendre à notre deuxième volcan, beaucoup moins visité celui-là. La vraie aventure commence!


bromo_1


bromo_3


bromo_7

On passe la nuit dans un minuscule village aménagé pour les ouvriers d'une plantation de café que l'on visite avant d'aller au lit. Notre guide nous suggère de mettre des sandales pour le confort. Après une demi-heure de marche, on a les pieds pleins de merde de chèvre et il semble trouver ça très drôle, lui qui porte de grosses bottes de marche parfaites pour l'occasion. On se balade tranquillement entre les caféiers, direction une chute d'eau où on va pouvoir rencontrer les travailleurs qui font la récolte. Notre guide prend bien son temps et regarde sa montre fréquemment. Il nous affirme qu'il faut arriver à une heure bien précise pour les croiser et quelques minutes plus tard, il nous indique le chemin de la cascade. Une fois sur place, on a devant nous une cinquantaine d'Indonésiens complètement nus qui se nettoient après une dure journée de travail. Ils sont tous morts de rire, tout comme notre guide au sens de l'humour un peu douteux, devant notre air disons assez surpris.


village plantation de café

Levés très très tôt, petit déjeuner pour emporter, un café cueilli et rôti sur place et c'est parti pour l'ascension du mont Ijen, cette fois c'est pour vrai, c'est "à pique" et c'est haut, très haut, ardu et un instant on pense sérieusement à abandonner. On ne va pas y arriver, nos jambes en feu ne nous pardonneront jamais, tout en sueur, à bout de souffle, on croise des mineurs qui redescendent en trottant, cigarette au bec avec plus de 80 kilos de soufre qu'ils ont récolté au sommet sur l'épaule (soufre qu'ils revendent pour environs 3 $). Ils s'arrêtent un instant, rient de notre air ébahi et discutent avec nous pendant que notre guide distribue notre paiement pour l'accès au volcan, des clopes et des petits pains que l'on a achetés la veille. Les mineurs font la montée deux fois par jour pour se rendre jusqu'au cratère d'où ils extraient le souffre au pic et à la pelle, respirant la fumée épaisse qui brûle la gorge et les yeux tout au long de leurs longues heures de travail. Nous, on tolère cette fumée à peine deux minutes. La seule comparaison qui nous vient à l'esprit ce sont de veilles peintures catholiques représentant l'enfer et qui servaient à effrayer les gens! Tout ça parce que c'est moins cher d'exploiter de pauvres Indonésiens que d'acheter de l'équipement moderne et de leur fournir des masques, ils sont des milliers! Pourtant, quand la fumée dense se dissipe un peu, le paysage devient magnifique et notre tristesse se transforme en émerveillement devant le lac d'une couleur azur splendide qui semble surréel à côté des coulées de lave et des flammes qui sortent des entrailles du cratère. Les mineurs nous font cadeaux de sculptures faites avec le soufre qu'ils ont recueilli et nous, un peu mal à l'aise, on leur laisse nos foulards pour se protéger de la fumée et notre déjeuner qui ne passe pas après toutes ces émotions fortes. La descente est tout aussi difficile, au pied du volcan, on remonte dans la van et on reprend la route vers le ferry qui nous fait quitter l'île de Java pour celle de Bali


ijen_2


ijen_1


ijen_3

Notre première destination sur l'île paradisiaque de Bali est Ubud, centre artistique de la province qui correspond exactement à tout ce que l'on imagine de l'Indonésie. Des temples exotiques peuplés de singes espiègles, des fleurs de toutes les couleurs à l'arôme enivrant partout, même dans les cheveux des jolies femmes, des restaurants exquis aux décors soignés pour quelques dollars et des hôtels de luxe à un prix dérisoire. Le matin, deux explorateurs profondément touchés par l'injustice du monde dans lequel on vit, le soir deux bourgeois qui sirotent des margaritas glacées à la framboise dans un lounge branché, on a vraiment une vie pleine de contrastes! On y passe une semaine à se gâter, prendre des cours de batik (une technique d'impression textile), de joaillerie, manger comme des rois et finir nos journées par un massage côte à côte suivi d'un bain de pétales de fleurs où on déguste tranquillement du thé et des fruits frais!



ubud_monkey_forest_temple


ubud_batik


ubud_veronaspa


Video de National geographic sur les mineurs du plateau d'Ijen






Récit suivant, Gili, Gili et Bali