Busan


Quand on reçoit la confirmation de l'auberge par courriel, on reste quelque peu perplexe.

Prenez la sortie numéro 3 de la station de métro Beomaegol. Traversez la rue et prenez à gauche, puis à droite à la pharmacie jusqu'à un pont vert. Sur le pont, recherchez une porte grillagée qui donne sur un escalier menant à un stationnement plus bas. Rejoignez l'immeuble 106. Composez le 1806 sur le clavier de l'entrée et empruntez l'ascenseur jusqu'au 18e étage.

Dans le parking peu éclairé, idéal comme repaire de psychopathes, on accélère le pas. Dans l'ascenseur, un hit pop coréen sirupeux sort des haut-parleurs, les néons crépitent et une famille coréenne avec des sacs d'épicerie plein les bras, visiblement surprise de notre présence, nous regarde d'un air curieux. Hello.......... aucune réponse. Il y a comme un petit malaise. Ils nous scrutent de haut en bas, la musique continue, qu'est-ce qu'on fout là, pourquoi on a réservé l'hôtel le moins cher de toute la ville sur internet. On aurait dû au moins apprendre à dire bonjour en coréen. Au 18e, l'ascenseur s'ouvre enfin. Devant nous, trois portes d'appartement, mais aucune enseigne pour le Blue Backpackers!

On reste là, confus, devant les trois portes. Enfin, l'une s'ouvre et une jeune femme, un mignon bébé dans les bras, nous accueille dans un français approximatif. Bonjour Jean-Michel, bonjour Elaine, comment allez-vous? Bienvenue chez moi!

Ce n'est pas un hôtel, mais plutôt un appartement où la propriétaire loue des chambres. Elle a des clients de partout à travers le monde et peut ainsi voyager à sa façon, découvrant les autres cultures et les langues étrangères, sa passion. L'endroit est vraiment accueillant, on peut relaxer dans les sofas du salon et discuter avec les autres voyageurs.

De retour dans l'élévateur, pour aller explorer la ville, les regards investigateurs sont de retour, mais cette fois on est prêt, annyong ha se yo! Tout le monde sourit et nous dit bonjour à leur tour. Quelques balancements du bassin au son de la kpop, un merci (gomap sum ni da) quand on nous tient la porte en sortant et ça y est, les visages froids se transforment en de larges sourires pour les jours suivants.

Avec près de 4 millions d'habitants et le cinquième port le plus occupé au monde, Busan grouille de vie. Les motos circulent sur les trottoirs, l'air est poussiéreux, le trafic anarchique, il y a un boucan constant, des gens partout, des échoppes de bouffe exotiques à chaque coin de rue, des odeurs ignobles et savoureuses qui se mélangent, des enseignes néons fluos qui aveuglent, c'est le retour de l'Asie chaotique que l'on aime tant!

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Le quartier piéton de Seomyeon est le repère des jeunes Coréens branchés. Les karaokés, les restaurants, les night-clubs et les salons de bubble tea se succèdent. Affamés, on entre dans un restaurant au hasard. Trois ou quatre tables avec des chaises en plastique, aucune déco sauf un petit chat électrique chromé or (Maneki Neko) qui nous fait signe de rentrer, pas de menu en anglais, à vrai dire pas de menu du tout. On n'a pas encore trop compris pourquoi, mais selon notre expérience en Asie, plus un restaurant est moche, plus on se régale et l'endroit ne fait pas exception.

Depuis le début de notre voyage, aucune autre gastronomie que celle de la Corée n'a été aussi inconnue. Qu'est-ce qu'on mange en Corée? Aucune idée. Notre première découverte, le Bibimap. Un bol de riz recouvert de plusieurs légumes inconnus, de trucs bizarres qui ressemblent à des nouilles, d'une sauce huileuse et d'un oeuf cru........ on est pas sûr!

Affamés, on plonge quand même rapidement dans notre assiette. La serveuse lève les yeux en l'air et s'approche de notre table. Sans nous dire un mot, elle ouvre un plat de plastique sur la table d'où elle sort une bonne poignée de chou mariné dans de la sauce rouge qu'elle rajoute à notre assiette. Un peu plus de sauce huileuse et elle mélange le tout vigoureusement avec une cuillère. Les bras croisés, sans émotion, elle nous regarde manger en attendant notre verdict. On jette un coup d'oeil à notre guide de conversation, merci c'est un vrai délice! (masisseosseumnida).............. Le silence total dans le restaurant, tous les clients se retournent, en laissent tomber leur baguette et nous fixent à leur tour. Est-ce que l'on aurait mal prononcé? On essaie une deuxième fois, MA SI SSEO SSEU MNI DA, toujours aucune réaction! Quand soudain dans un coin AAAAAAAAAAA!!!!! masisseosseumnida ça chuchote, ça rie puis ça répète en choeur masisseosseumnida, masisseosseumnida tout le monde semble comptant et la serveuse nous offre fièrement une autre portion de chou, du kimchi.

Bien rassasié, on rentre se coucher. Demain, on visite les temples de Beomeo-sa.

À bord du New Camelia

Les poches dépouillées de tous nos derniers yens pour payer de justesse les frais de douane, on monte enfin à bord du ferry, le New Camelia, qui nous mènera vers la Corée du Sud.

Les billets les moins chers nous donnent quand même accès à une cabine avec couchette, ou plutôt un tatami que l'on peut installer où bon nous semble dans la pièce. On y dépose nos sacs puis on part explorer les alentours. Sur les 522 passagers à bord, plus des trois quarts ont moins de 13 ans, portent des suits de jogging fluos identiques et courent, surexcités, dans tous les sens en criant à tue-tête. Le seul moment où ils se calment un peu, c'est quand ils nous aperçoivent. Confus, ils arrêtent subitement leur course folle, nous pointent du doigt et rigolent entre eux. Il faut dire que parmi les 522 passagers asiatiques, 2 occidentaux ça détonne un peu!

On sort sur le pont pour prendre l'air, mais il y a un vent terrible qui secoue dangereusement l'imposant navire de vingt mille tonnes. Comme on ne veut pas s'envoler ou être retrouvés noyés dans la mer de l'est, on retourne rapidement à l'intérieur, un peu inquiets malgré l'allure sécuritaire du bateau. En passant, qu'est-il arrivé au Old Camelia?

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Le chemin du retour vers la cabine se fait en zigzaguant au rythme des vagues d'un bord à l'autre du corridor. Notre compartiment est toujours vide excepté quelques valises laissées là par les autres occupants. On étend notre tatami sur le sol. Bercés par la mer, on s'endort rapidement.

À notre réveil, on n'est plus seul dans la cabine. On devait dormir profondément, parce que toute une famille mange juste à nos côtés et on ne s'en est même pas aperçu.

Konnichiwa petite famille discrète.

La plus jeune de la famille nous répond dans un anglais impeccable et toute la famille semble très impressionnée. Surtout le père, qui fortement ému, tente de retenir une larme. Les études au Canada ont porté fruit, tout cet argent n'a pas été dépensé en vain. On voit toute la fierté dans ses yeux, c'est la première fois qu'il entend parler sa fille en anglais.

Comme la plupart des asiatiques qui étudient l'anglais, elle s'est choisie un nom anglophone pour faciliter les choses. Ça fait toujours drôle de rencontrer un Jack, un Bob, une Anne ou dans le cas présent, une Sarah qui n'a vraiment pas l'air d'une Sarah! Elle traduit notre conversation avec toute sa famille pour le reste du trajet qui aura duré près de 13 heures au total. Elle a adoré le froid du Canada, la nourriture, l'ouverture d'esprit et les magasins Aldo! Comme nous, elle a la piqure du voyage et reviens du Pérou. Elle a justement un souvenir parfait à nous offrir en cadeau, une tuque péruvienne. Ça tombe bien, il fait froid en Corée! Sa mère a des sachets chauffants pour nos souliers et son père, des pastilles pour notre gorge. Sa tante, elle, nous donne encore plus de sachets chauffants parce qu’il fait très très froid en Corée! On commence à être nerveux, on n’avait pas prévu ça, le froid, en faisant nos bagages.

Un peu mal à l'aise d'avoir reçu tant de cadeaux sans avoir rien à partager avec eux, on fait la promesse que l'on fait toujours dans ces moments-là. Si vous venez au Québec, passez par chez nous! Le problème, c'est qu'on n'est jamais là. On va rire le jour où nos parents vont nous écrire en panique : eh, vous deux, pourquoi y' a un bus de Japonais devant notre maison?

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L'aventure se poursuit en Corée du sud

Fukuoka, ferry vers la Corée du sud

Un peu comme le personnage de Bill Murray dans Lost in translation ou Joey dans Friends, plusieurs acteurs très connus qui ne feraient jamais de publicité dans leur pays viennent au Japon promouvoir des produits dans des annonces souvent ridicules.

Certains, comme Schwarzenegger, doivent le regretter longuement.





Par contre, Brad Pitt a vu sa cote de popularité augmenter en jouant dans une pub japonaise. Dans un spot pour les jeans Edwin, il joue de la guitare comme un pied, chante comme une casserole en japonais et prononce mal le chiffre 503. Il chante "go maru san", alors qu'il faut dire "go mari san". Les jeunes ont trouvé ça cool et c'est devenu très branché de porter des 503 prononcé à la Pitt.

Dernièrement, c'est un gros plan peu avantageux de Tommy Lee Jones avec un remarquable air de boeuf que l'on peut voir sur toutes les machines distributrices en ville. Tommy nous propose du café chaud en canette, vraiment parfait pour se réchauffer les mains par le temps froid qu'il fait ces derniers jours.


Impossible d'éviter son regard, le Japon a, sans contester, le plus grand nombre de machines distributrices par habitant, soit une pour chaque 23 Japonais. En marchant dans la rue, on n'a aucune difficulté à le croire, chaque coin de rue en compte au moins une, si ce n'est plusieurs. On y vend de tout : breuvages énergétiques multivitaminés, lait de soya aromatisé, sodas,
bière, saké, cigarettes, grignotines bizarres à base de poulpes, soupes noodle chaudes, pizza tiède, frites molles, maïs, homards vivants, parapluies, oeufs, piles... et même du papier de toilette avec des mangas imprimés dessus pour avoir un peu de lecture aux toilettes.



D'ailleurs, un tour dans une des toilettes ultras modernes du Japon est une attraction touristique en tant que telle, une vraie expérience multisensorielle! Vous pouvez lire votre manga préféré, les fesses bien au chaud sur le siège chauffant, tout en sifflotant au rythme de la musique d'ambiance diffusée par des haut-parleurs intégrés. Si la musique ne camoufle pas vos bruits corporels gênants, il y a un bouton qui émet un faux bruit de chasse d'eau spécialement pour ça. Il suffit de trouver lequel. Le panneau de contrôle qui règle les fonctions lavage, rinçage et séchage de votre derrière est digne d'une navette spatiale. Avec toutes ces options, vous pouvez repartir avec votre bd intacte. Il ne reste plus qu'à trouver comment flusher réellement!

Des machines distributrices à chaque coin de rue, des toilettes du futur, des écrans publicitaires immenses, des arcades hi-tec, des gadgets pas croyables, côté technologie, on croirait que tout est en avance de dix ans. ERREUR! Tout, sauf les distributeurs de billets. On a retiré de l'argent sans problème dans des dizaines de pays. Ici, certainement le pays le plus moderne de la planète, impossible de retirer dans aucune des milliers de banques. Désolé monsieur, on n'est pas connecté au réseau international! QUOI?............. Le seul endroit où il est possible de faire un retrait, c'est dans l'une des succursales de la chaîne de dépanneur américaine 7 eleven!

Lever tôt pour être certains d'arriver à l'heure au ferry qui quitte vers la Corée, on somnole tout le long du trajet en bus de plus d'une heure jusqu'au terminal international. Au guichet, personne, seulement un écriteau en japonais et en coréen. On demande à cinq personnes avant que quelqu'un puisse ou veuille nous traduire. Ouverture du guichet dans 15 minutes, argent comptant seulement. CALI..........D'OS.............DE.............. qui est-ce qui traîne 350$ dans son portefeuille? Pourquoi les cartes de crédit ne sont pas acceptées?

Il y a six guichets de banque différente au port, aucun qui ne soit connecté au réseau international et, bien entendu, pas de 7 eleven en vue alors que le bateau quitte dans 45 minutes. On se promène dans le terminal en demandant à tout le monde 7 eleven? 7 eleven?................... On nous regarde comme si nous étions deux cinglés jusqu'à ce qu'une jeune fille timide qui travaille au bureau d'information touristique, mais qui ne parle pas anglais, nous remette un dépliant en coréen. Au milieu des symboles incompréhensibles, des pointillés zigzaguent sur une carte complexe vers un gros X surmonté du symbole tant recherché, le 7 eleven! Il ne reste qu'une demi-heure avant le départ du bateau, carte en main, la chasse au trésor débute.

On tourne en rond, rebrousse chemin, tourne toujours en rond, chiffonne la carte puis la lance au bout de nos bras, on abandonne! Perdus dans les ruelles, par hasard, on tombe sur le dépanneur tant recherché. Le bateau part dans 10 minutes! Sprint final, on arrive au comptoir tout en sueur malgré le froid et on dépose nos 350$ sur le comptoir. On prend nos billets en vitesse et on se dirige vers les douanes. Un autre écriteau en japonais et en coréen, on ne comprend rien, sauf un seul symbole, 10$. Merde, les frais de douanes!

Récit suivant, À bord du New Camelia

Aso San et Beppu

Deux heures à bord d'un train, deux autres à attendre le bus, une autre sur les routes, et finalement 15 minutes en funiculaire pour atteindre notre destination, le sommet du mont Aso-San. À 1592 m au-dessus du niveau de la mer, il s'agit du plus grand volcan du Japon. Toujours en activité, de la vapeur sulfurique s'échappe constamment du cratère où se trouve un lac d'un bleu magnifique. Le site est féérique........... le temps d'une photo.


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Malheureusement, en détournant les yeux de la caldera, on aperçoit les kiosques à cossins cheaps fluos et les échoppes de bouffe. Nos oreilles sont assaillies par la musique stridente diffusée à plein volume en boucle de haut-parleur défoncé et les cris de centaines d'autres touristes. C'est un peu les chutes Niagara du monde des volcans, c'est très beau, mais le tourisme de masse amoche grandement le décor et après quelques minutes, on en a assez. On aurait dû y penser. Si dans une brochure touristique on parle d'un stationnement à moins de 50 mètres d'un site naturel, ça ne peut pas avoir conservé son côté sauvage! Maintenant, il ne reste plus qu'à remonter dans le téléphérique et se retaper le trajet à sens inverse.

Le Japon compte beaucoup de sources d'eau chaude que l'on appelle ici "onsen". S'y baigner est une part importante de la culture japonaise et aurait des vertus thérapeutiques dues aux minéraux que l'on retrouve dans l'eau. Au Japon, la plupart des villes possèdent au moins un bain public où les gens viennent relaxer en famille, entre amis ou avec des collègues de bureau!. On a parlé du côté pervers des Japonais dans un post précédent, mais les spas, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, ne sont pas du tout des endroits de débauche même si tout le monde est tout nu.............. en famille, entre amis ou avec des collègues de bureau!

Comme faire trempette dans notre plus simple appareil avec des étrangers nous intimide un peu, on commence par se louer une chambre dans un "ryokan" où l'on a notre propre source d'eau chaude pour essayer en privé et ainsi maîtriser les rudiments de l'étiquette avant d'aller s'exhiber en public. Rien de sorcier, on se déshabille, on savonne bien partout, on se rince et on entre dans l'eau chaude, très chaude, brûlante, bouillante. HAAAAAAAAAA! On court se rincer à l'eau froide les parties les plus sensibles, heureux de s'être initié à l’"onsen" en toute intimité. Premières leçons : ne pas entrer dans l'eau d'un coup sec. En pénétrant progressivement, notre corps s'adapte, on se détend et après un moment on a l'impression d'avoir fumé un p'tit joint et ce n'est pas désagréable du tout.


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Une heure plus tard, cuits à point, la tête dans les vapes, on enfile nos kimonos, on glisse nos pieds dans des pantoufles et on prend le thé dans la plus belle chambre qu'on n'a jamais eu en voyage. C'est vraiment hors de notre budget mais ça vaut amplement chaque yen dépensé. Après un moment, le sentiment d'euphorie s'étant dissipé, accros, on retourne se faire bouillir les neurones!


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Le lendemain matin, un déjeuner rapide et on se dirige aussitôt vers le bain public le plus près en tremblant comme deux junkies en manque. Souvent, on a eu froid en voyage. Mais là, c'est la première fois qu'y fait aussi frette. En plus, il neige. Comme ça fait deux ans qu'on n'a pas vu de flocons, Elaine, toute excitée, saute partout.


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Dans le grand hall tout en bois du Takegawara Onsen, une employée visiblement mal à l'aise de ne pas parler anglais nous donne deux "yukata". Après avoir ignoré longuement notre présence, espérant probablement ne pas avoir à s'occuper de nous, elle nous fait signe de se changer. Maintenant en robe de chambre, on nous guide vers une autre pièce. Ça ressemble à un immense carré de sable volcanique où deux vieilles dames nous attendent, pelle à la main, au bord de deux tranchées creusées juste pour nous. On s'apprête à nous enterrer vivants! Notre pire cauchemar va se réaliser et dire que l'on paye pour ça. Étendus dans le trou de la grandeur d'une tombe, on n'a plus que la tête qui dépasse du sable chaud qui presse sur notre corps. Impossible de bouger, tout nos muscles se détendent, c'est vraiment une sensation agréable. Mais quand les deux pelleteuses de l'âge d'or ne reviennent pas après une dizaine de minutes, on est de plus en plus tendus. On est très soulagés de les voir revenir un instant plus tard pour nous déterrer et nous épousseter.

On part ensuite chacun de notre côté pour expérimenter l’"onsen". J'écarte le rideau pour accéder à la section réservée aux hommes. Le temps semble figé, les conversations s'arrêtent abruptement et les regards convergent tous sur moi, l'étranger aux cheveux roux. Tout le monde semble mal à l'aise et pourtant je ne suis même pas encore nu.

Une fois dévêtu, les yeux qui me fixaient déjà se dirigent tous vers un point encore plus spécifique de mon anatomie. Veulent-ils vérifier la rumeur voulant que les asiatiques ne soient pas proportionnés de la même manière que les occidentaux? L'eau de la douche étant glaciale, ils détournent la tête d'un air satisfait et me laissent me savonner en paix.

Je n'ai jamais joué au hockey, c'est ma première douche commune. Je trouve ça un peu bizarre, alors imaginez l'étape suivante, partager un bain avec des inconnus! Le moment venu d'entrer dans l'eau, en m'approchant timidement, je réalise, en voyant tous ceux avec qui je m'apprête à me baigner, pourquoi c'est beaucoup plus gênant pour moi. Je suis le seul complètement nu, les autres hommes se cachent tous derrière leurs lunettes! Bande de pudiques!

Je me fais une place dans le bouillon, coincé entre deux maigrelets à la peau écarlate. J'ai chaud, terriblement chaud. Je sue comme un sumo en pleine crise de fièvre et je ne suis pas le seul, les deux maigrichons à mes côtés devaient être des lutteurs bien gras avant de suer tous leurs kilos en trop dans l'eau où je patauge. C'est dégueulasse!

Quand je commence à peine à me détendre, j'entends une voix de l'autre côté du mur, psst! PSSSSSSSST! Jean-Michel, JIMI!!!! Est-ce qu'on s'en va? Soulagement, Elaine tout comme moi s'ennuie dans le bain toute seule de son côté sans personne avec qui partager l'expérience unique de se baigner nu dans la sueur d'autrui. Peut-être que c'est mieux dans la sueur de sa famille, celle de ses amis ou des collègues de bureaux?

Heureux d'avoir vécu quelque chose de nouveau, mais un peu déçus de ne pas avoir vraiment relaxé, on décide donc de passer la soirée dans un endroit privé où l'on en profitera sûrement beaucoup plus.



Hiroshima, Nagasaki et Miyajima

Le 6 août 1945, la première bombe nucléaire explose juste au-dessus du centre-ville d'Hiroshima, tuant instantanément près de 90 000 civils. Des feux ravagent la ville, un nuage de cendre toxique se dissipe dans toute la région et une pluie noire radioactive empoisonne les cours d'eau, tuant encore plus d'innocents. Plusieurs de ceux qui ont miraculeusement survécu à l'explosion développeront au cours de leur vie une maladie reliée à la bombe.


De nos jours, le centre-ville d'Hiroshima ressemble à n'importe quelle autre grande ville japonaise, si ce n'était du dôme-A, un bâtiment qui se situait juste sous l'hypocentre de la bombe et qui a été laissé là, en ruine, pour rappeler la tragédie. Juste en face, dans le parc du mémorial de la paix, un cénotaphe contient le nom de toutes les victimes connues de la bombe, une flamme y brûle nuit et jour et ne sera éteinte que lorsque toutes les armes nucléaires restantes seront détruites.

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Au moment de l'explosion, la petite Sadako Sasaki se trouvait tout près du point d'impact, mais s'en tira pourtant sans blessures graves. Dix ans plus tard, elle développa une leucémie comme plusieurs des enfants qui grandirent dans les ruines d'Hiroshima. Une légende japonaise affirme
que si l'on fabrique un millier de grues en origami, symbole de longévité et de bonheur, notre voeu sera exhaussé. Dans l'espoir de guérir, elle se mit à plier inlassablement des centaines d'oiseaux de papier, mais elle mourut avant d'avoir atteint son but. En sa mémoire, les élèves de son école confectionnèrent les grues manquantes. L'histoire se propagea et des enfants de partout à travers le monde se mirent à envoyer des oiseaux en origami. Devant le musée de la bombe A se trouve le mémorial des enfants pour la paix qui consiste en une statue de Sadako tenant une immense grue au bout de ses bras. Ce monument est entouré de ces minutieux pliages en l'honneur des enfants morts suite aux guerres tout au tour du globe.

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Avant même d'entrer au musée, on a déjà les yeux humides, la lèvre du bas qui tremblote et une boule qui nous serre la gorge. Un guide audio retrace l'histoire d'Hiroshima avant, pendant et après l'explosion de la bombe exposant sans censure l'absurdité et surtout l'atrocité de la guerre. La plupart des visiteurs, les yeux vitreux, évitent de se croiser du regard, comme si tous se sentaient coupables qu'il y ait, encore plus de soixante ans après cette journée tragique, autant de barbaries dans le monde et que la plupart d'entre nous ne fait rien pour y remédier. Le silence total, mis à part quelques reniflements, est frappant même pour un musée et en sortant, rares sont ceux qui n'ont pas versé une larme.


Hiroshima avant le bombardement

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Hiroshima après le bombardement


hiroshima après la bombe


Trois jours après la première explosion, le 9 août 1945, malgré avoir constaté les effets atroces de la première bombe, un avion décolle pour bombarder la ville de Kokura. Le mauvais temps empêche de visualiser la cible malgré trois passages. On décide donc de se diriger vers Nagasaki où le temps d'une éclaircie, l'histoire se répète. En un flash, près de 75 000 personnes perdent la vie et au moins autant suite aux effets à long terme des retombés radioactives.

De nos jours, au centre-ville, un musée retrace l’histoire des armes nucléaires et de leur prolifération à travers la planète. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les choses ne vont pas en s'améliorant, plusieurs tests sont encore conduits chaque année et on continue à développer de nouvelles armes encore plus perfectionnées.


Après trois jours, le moral à zéro, découragés par la cruauté de l'homme, pour se changer les idées on fait une excursion vers Miyajima où se trouve l'un des sites les plus photographiés du Japon. La photo du Torii flottant de Miyajima, une arche rouge que les bateaux devaient emprunter pour se rendre au sanctuaire de l'île, se retrouve dans toutes les brochures et les guides de voyages. Des centaines de Japonais font le pèlerinage chaque jour pour avoir leur propre cliché. Depuis qu'on est arrivé au Japon, on se pose une question. À quoi ça sert d'avoir un appareil professionnel hors de prix pour prendre des photos de la famille et des amis qui font des signes de peace?

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Himeji

Aussitôt sortis de la gare, on aperçoit un vieil homme au loin qui nous fait des grands signes avec les bras, un immense sourire au visage. Tout excité, il traverse la rue presqu'en courant sans regarder. Pas de traverse piétonne, la lumière est rouge, on s'attend à voir la police débarquer à pleine allure. Gyrophare, mégaphone, escouade piétonne, levez les mains, vous êtes cernés.

Trois semaines que nous sommes au Japon, et c'est le plus grand acte de délinquance civile dont nous sommes témoin, ça doit être du sérieux!!

Bonjour, ne vous inquiétez pas, je n'ai rien à vous vendre.

La phrase typique de celui qui n'a rien à nous vendre, mais.........

- Son oncle a une boutique et prépare une vente incroyable d'une journée seulement.
- Il a besoin d'un associé pour exporter des pierres "précieuses" au Québec, on va faire un profit incroyable.
- Il lui manque un joueur pour une partie de poker, les autres sont nuls, on va les flouer.
- Il fait une collection de monnaie et, quel hasard, il lui manque justement la pièce de 2$ canadien!

La liste pourrait continuer longtemps.

Je suis guide, je veux juste pratiquer mon anglais, c'est gratuit.

Cette phrase, on l'a tellement entendue souvent. Dans n'importe quel autre pays, on aurait poursuivi la conversation avec méfiance. Gratuit et Asie, ça rime peut-être, mais ça va rarement ensemble et surtout, ça rime si bien avec escroquerie. Pourtant, on décide de suivre le guide, le Japon semble différent, pas d'arnaqueur, pas de harcèlement et pas de pression.

Quelle bonne idée de faire la visite accompagnée, c'est tellement plus intéressant. Construit à la fin du XVIe siècle, le château était la demeure d'une succession de 48 seigneurs et regorge d'histoires passionnantes que notre guide se fait un plaisir de nous raconter dans les moindres détails.

Un magnifique donjon central de 5 étages est protégé par des murailles et des fosses qui forment un labyrinthe conçu pour désorienter les envahisseurs. Seuls, on aurait probablement cherché l'entrée longtemps!

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Après plus de deux heures de visite, notre guide regarde sa montre, nous remercie d'avoir pratiqué son anglais avec nous et quitte au pas de course avant même que l'on puisse le remercier à notre tour. Sa femme l'attend pour souper!

Tout près du château, le parc Koko-En est l'endroit parfait pour relaxer en fin de journée. Neuf petits jardins sont reliés entre eux par des ruisseaux et des ponts qui enjambent des étangs où nagent paisiblement des centaines de carpes. En automne, avec les feuilles multicolores, c'est à ne pas manquer.

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Voyager au Japon, c'est si simple et tellement agréable. On remonte dans le train, prochaine destination, Hiroshima.